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Nous passons notre vie à courir. Nous courons après une promotion, après une relation idéale, après une reconnaissance sociale ou même après des expériences spirituelles « extraordinaires ». Mais au fond de nous, une question demeure : pourquoi, malgré nos succès, ce sentiment d’incomplétude finit-il toujours par revenir ?

Dans la tradition de l’Advaita Vedanta, ce sentiment de manque est appelé Apūrṇatvam. Ce n’est pas un défaut de caractère ou un manque de chance ; c’est le moteur de l’existence humaine non examinée. Cependant, le Vedanta nous apporte une nouvelle révolutionnaire : la plénitude n’est pas une destination, c’est votre nature même.

1. La quête infinie du « Toujours Plus »

Le problème fondamental de l’être humain est qu’il cherche une solution illimitée (le bonheur permanent) à travers des moyens limités. Nous utilisons des objets, qui par définition ont un début et une fin, pour essayer de combler un vide qui semble infini. C’est comme essayer de remplir un seau percé : peu importe la quantité d’eau que vous y versez, il finit toujours par se vider.

Le Vedanta nous enseigne que tant que nous cherchons la plénitude (Pūrṇatvam) à l’extérieur de nous-mêmes, nous sommes condamnés à la frustration. Pourquoi ? Parce que le monde extérieur est Anitya (temporaire).

2. Pūrṇam : La vision des Upaniṣads

L’une des plus belles invocations des textes sacrés (les Upaniṣads) déclare :

« Pūrṇamadaḥ Pūrṇamidam Pūrṇāt Pūrṇamudacyate » « Cela est plénitude, Ceci est plénitude. De la plénitude naît la plénitude. »

Cette formule mathématique spirituelle nous dit que l’essence de l’univers (Brahman) et votre essence propre (Ātmā) sont une seule et même Plénitude. Vous n’êtes pas une petite vague séparée de l’océan, cherchant désespérément à devenir l’océan. Vous êtes l’eau, et en tant qu’eau, vous possédez déjà toute la profondeur et l’immensité de l’océan. La différence n’est qu’une question de forme et de nom (Nāma-Rūpa).

3. Le mécanisme de l’erreur : L’identification

Si nous sommes déjà la plénitude, pourquoi ne le ressentons-nous pas ? La réponse réside dans ce que le sage Śaṅkarācārya appelle Adhyāsa, ou la superposition erronée.

Par habitude, nous confondons le « Sujet » (Moi, le Témoin conscient) avec les « Objets » (mon corps, mes émotions, mes pensées).

  • Quand le corps est fatigué, je dis : « Je suis fatigué ».
  • Quand le mental est triste, je dis : « Je suis triste ».

En faisant cela, je superpose les limitations des objets sur le Sujet illimité. C’est l’erreur fondamentale. Le Vedanta utilise souvent l’analogie de la corde et du serpent : dans la pénombre, je vois une corde et je crois voir un serpent. Ma peur est réelle, ma sueur est réelle, mais le serpent, lui, ne l’est pas. Pour faire disparaître la peur, je n’ai pas besoin de « tuer » le serpent, j’ai besoin d’une lumière pour voir la corde.

4. La Connaissance comme seule solution

Puisque le problème est une erreur de vision (l’ignorance), la solution ne peut être que la Connaissance (Jñānam). Aucune action, aucune méditation forcée, aucun voyage ne peut remplacer la compréhension directe de la vérité.

C’est ici que le rôle de l’enseignant et l’étude systématique interviennent. Le Vedanta n’est pas un système de croyances, mais un Pramāṇa : un moyen de connaissance, un miroir de mots qui nous permet de voir notre propre visage spirituel.

Conclusion : Vivre à partir de la Plénitude

Apprendre le Vedanta, ce n’est pas ajouter quelque chose à ce que vous êtes, c’est retirer ce que vous croyez être. Lorsque vous réalisez que vous êtes déjà complet, votre rapport au monde change radicalement. Vous ne poursuivez plus les objets pour qu’ils vous « complètent », mais vous agissez dans le monde pour célébrer et partager votre propre plénitude.

C’est ce voyage, du manque vers la plénitude, que je vous propose d’explorer sur ce blog. Bienvenue dans l’étude de Soi.