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Avant de plonger dans le dialogue entre Krishna et Arjuna, il est essentiel de comprendre pourquoi ce texte est si fondamental et de préparer notre esprit par les versets traditionnels de méditation (Dhyāna Ślokas). Comme le souligne Swami Paramarthananda, la culture védique est une culture centrée sur Dieu, où chaque aspect de la vie, de la conception à la crémation, est lié au Divin. La Bhagavad Gîtā est la carte routière de cette vie.

I. Pourquoi étudier la Bhagavad Gîtā ?

Les écritures védiques sont immenses (Ananta Śāstram) et notre temps est limité (Alpasca Kāla). Il est impossible pour un individu moderne d’étudier tous les Vedas. C’est pourquoi le Seigneur, par compassion, a distillé l’essence de tout le savoir védique dans la Gîtā.

L’étude de la Gîtā n’est pas académique, elle est thérapeutique. Elle vise à traiter le problème humain universel, le Saṃsāra, en éliminant trois couches d’obstacles qui voilent notre vraie nature :

1. Mala (Impuretés) : Les défauts psychologiques comme l’égoïsme, la colère ou la jalousie. La Gîtā prescrit le Karma Yoga pour nettoyer ces impuretés.

2. Vikṣepa (Agitation) : L’esprit instable incapable de se concentrer. La Gîtā prescrit l’Upāsana Yoga (méditation) pour focaliser l’esprit.

3. Ajñāna (Ignorance) : L’ignorance de notre vraie nature divine. La Gîtā prescrit le Jñāna Yoga (la connaissance) pour éliminer l’ignorance et révéler notre plénitude intérieure.

Ainsi, la Gîtā contient l’essence des trois Kāṇḍas (sections) des Vedas : Karma, Upāsana et Jñāna.

II. Les Qualifications et la Relation Maître-Disciple

Le premier chapitre de la Gîtā décrit la transformation d’Arjuna. Il passe du statut de soldat confiant à celui de Saṃsāra (une personne affligée par le chagrin et l’attachement), pour finalement devenir un Śiṣya (disciple).

Pour que l’enseignement fonctionne, deux conditions sont requises, illustrées par le contexte de la Gîtā :

La qualification de l’étudiant : Il ne suffit pas de souffrir. L’étudiant doit réaliser son impuissance à résoudre son problème par des moyens externes (Kārpaṇya) et doit s’abandonner totalement au maître (Śaraṇāgati). Tant qu’Arjuna pensait pouvoir résoudre son conflit seul, Krishna restait silencieux. Dès qu’Arjuna dit : « Je suis ton disciple, instruis-moi », l’enseignement commence.

La qualification du Maître : Le Guru doit être libre du problème (le chagrin) et connaître le remède (la connaissance). Krishna, souriant au milieu du champ de bataille, incarne cette liberté.

III. Analyse des Dhyāna Ślokas (Versets de Méditation)

Avant l’étude, nous chantons les 9 versets de méditation composés par Madhusūdana Sarasvatī pour invoquer la grâce et préparer l’esprit. Voici les points clés à retenir :

1. Hommage au Mahābhārata (Le Lotus)

Le Mahābhārata est comparé à un lotus immaculé (Saroja amalam).

Son origine : Il est né du lac des paroles de Vyāsa, le fils de Parāśara (Pārāśarya vacaḥ).

Son parfum : La Bhagavad Gîtā elle-même est le parfum puissant (Gîtārtha gandha) qui rend ce lotus irrésistible.

Sa fonction : Il détruit les impuretés de l’âge de Kali (Kalimala pradhvaṃsi) pour ceux qui s’en abreuvent quotidiennement.

2. Hommage à Vyāsa (La Lampe)

Vyāsa est salué comme celui qui possède une vaste intelligence (Viśāla Buddhi) et des yeux aussi beaux que des pétales de lotus (Phullāravinda…). C’est lui qui a allumé la lampe de la connaissance (Jñāna pradīpaḥ) remplie de l’huile du Mahābhārata pour dissiper nos ténèbres.

3. Hommage à Krishna (Le Guru Universel)

Krishna est décrit à travers plusieurs métaphores puissantes :

L’arbre à souhaits (Pārijāta) : Pour ceux qui s’abandonnent à lui (Prapanna), il accorde tous les désirs, y compris la libération.

Le conducteur et le maître : Il tient d’une main le fouet (Totravētra) pour conduire le char (symbole de l’action efficace), et de l’autre, il montre la Jñāna Mudrā (le geste de la connaissance, index et pouce joints), symbolisant l’union de l’âme individuelle et de l’âme suprême.

Le vacher cosmique : Dans une image célèbre, les Upanishads sont comparées à des vaches. Krishna est le trayeur (Dogdhā). Arjuna est le veau (Vatsa). Et le lait qu’il en tire est le nectar de la Gîtā (Gîtāmṛtam), destiné à nous, les sages consommateurs.

Conclusion pour votre pratique

L’étude de la Gîtā demande un engagement. Comme le dit le dicton traditionnel cité par Swamiji : nous apprenons un quart par le maître, un quart par notre propre réflexion, un quart par la discussion avec d’autres étudiants, et le dernier quart par l’expérience de la vie au fil du temps.

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Source : Commentaires de la Bhagavad Gîtā de Swami Paramarthananda