La Réalité Apparente ou Dépendante
Dans l’enseignement du Vedanta, le terme Mithyā ne signifie pas « inexistant », « faux » ou « hallucination », mais désigne une réalité apparente qui ne possède pas d’existence propre ou indépendante. Le Vedanta affirme que l’univers matériel tout entier, y compris notre corps et notre mental, est Mithyā.
Pour bien comprendre ce concept, le Vedanta le définit à travers trois dimensions clés :
1. Une catégorie unique (Sadasadvilakṣaṇam) : Ni vrai, ni faux
L’intellect humain a tendance à classer les choses en deux catégories : ce qui existe absolument (Satyam) et ce qui est totalement inexistant (comme un cercle carré ou les cornes d’un lapin). Mithyā est une troisième catégorie, logiquement indéfinissable : on ne peut pas dire que le monde est « inexistant » car nous l’expérimentons tous les jours. Mais on ne peut pas non plus dire qu’il est « absolument existant » car il est soumis au changement, à l’apparition et à la disparition,. Mithyā désigne donc ce qui est « apparemment existant, mais factuellement inexistant par soi-même ».
2. L’Existence empruntée et la validité pratique
Un objet Mithyā tire entièrement son « existence » de son substrat absolu (Adhiṣṭhānam / Satyam), tout comme les reflets dans un miroir empruntent leur existence au miroir. Si l’on retire l’or (Satyam), le bracelet (Mithyā) cesse immédiatement d’exister,. Cependant, bien qu’il soit irréel dans l’absolu, le Vedanta insiste sur le fait qu’un objet Mithyā possède trois caractéristiques pratiques : il peut être Expérimenté, il permet des Transactions, et il possède une Utilité, par exemple, bien qu’un pot en argile ne soit qu’un « nom et une forme » sans substance propre, il est très utile pour transporter de l’eau.
3. Les analogies du Rêve et du Serpent
Pour illustrer Mithyā, les maîtres utilisent deux grandes analogies :
- Le rêve : Le monde du rêve est tangible, utile et effrayant pour le rêveur tant qu’il dort. Mais à son réveil, le rêveur réalise que ce monde n’avait qu’une existence dépendante (projetée par son propre esprit) et que lui seul (le dormeur) était réel.
- 3. L’analogie du Pot et de l’Argile : Lorsqu’un potier façonne un pot, il ne crée en réalité aucune matière nouvelle. Le pot n’a aucun poids ni aucune substance en dehors de l’argile. L’argile existait avant la création du pot, elle soutient le pot pendant son utilisation, et elle demeurera intacte même si le pot est brisé. Le « pot » n’a donc qu’une existence purement verbale ; ce n’est qu’un nom (nāma) et une forme temporaire (rūpa) superposés à l’argile. Ainsi, le pot est Mithyā (une existence empruntée et temporaire), tandis que l’argile représente Satyam (la réalité intrinsèque et permanente)
L’implication spirituelle au quotidien : Dire que « le monde est Mithyā » ne signifie pas qu’il faut le fuir ou cesser d’interagir avec lui. Cela signifie simplement qu’il est instable et imprévisible par nature. Le sage continue d’utiliser le monde, d’aimer et d’agir, mais il cesse de s’appuyer sur lui pour trouver une sécurité ou un bonheur permanents.
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